Amekaji
Définition
L'Amekaji est l'abréviation de « American casual ». C'est une esthétique japonaise centrée sur la reproduction fidèle du vestiaire américain de l'après-guerre. Elle se concentre sur le vêtement de travail, le surplus militaire et le denim. Le Japon applique ici sa culture de l'artisanat obsessionnel. À la fin du XXe siècle, la production de denim aux États-Unis a délaissé les métiers à navette étroits. Les fabricants japonais ont reconstruit cette chaîne d'approvisionnement. Ils se sont installés autour d'Okayama et de Kojima. Ils ont appliqué une recherche d'archive rigoureuse aux coupes, aux teintures et aux matériaux. Des marques comme The Real McCoy’s, Warehouse ou Kapital produisent aujourd'hui des pièces d'une fidélité historique totale. La qualité de fabrication surpasse celle des producteurs de masse originaux.
Grammaire visuelle
Silhouette
- denim selvedge (liseré rouge visible au revers)
- coupes droites issues de patrons des années 1940 à 1960
- taille haute et poids substantiel (14 à 21 oz)
- vêtements de travail reproduits (vestes de corvée, vestes de cheminot)
- surplus militaire (blousons MA-1, vestes de pont N-1, vestes de terrain M-65)
- vestes en jean de type trucker
- chemises oxford boutonnées, chemises de travail en chambray, flanelles
- coupe décontractée mais intentionnelle
Matières
- denim selvedge (brut ou peu lavé)
- toile de coton Duck lourde
- moleskine
- twill à chevrons (herringbone)
- cuir robuste (bottes d'ingénieur, bottes à bout mocassin)
Construction
- métiers à navette vintage
- coton fidèle à l'époque
- fils de même épaisseur qu'à l'origine
- méthodes de construction d'archive
- ourlets en point de chaînette
Couleurs
- indigo (sous toutes ses formes de délavage)
- vert olive
- kaki
- écru
- marine
- noir
- tons terreux
Chaussures
- bottes d'ingénieur
- bottes de travail à bout mocassin (type Red Wing Heritage)
- Converse Chuck Taylor
- chaussures d'inspiration militaire
- cuir qui patine visiblement
Logique du corps
L'Amekaji communique par la connaissance technique. Les signes de reconnaissance sont les ourlets en point de chaînette et le liseré selvedge. Le poids du denim varie entre 14 et 21 onces. La silhouette respecte les proportions américaines du milieu du siècle. Le jean est droit. La chemise oxford est boutonnée. La veste est utilitaire. Il n'y a aucun logo visible. Les vêtements ressemblent à des pièces de travail fonctionnelles. Les détails de fabrication ne sont lisibles que par les initiés.
Exemples
- Take Ivy (1965)1965Un livre de photos documentant le style Ivy League sur les campus américains. Il est devenu la référence fondatrice de la sous-culture japonaise.
- Magazine Men’s Club1954–présentUn magazine japonais de mode masculine. Il a répertorié le vêtement américain avec une précision chirurgicale pour ses lecteurs.
- Magazine Popeye1976–présentLe magazine qui a popularisé l'idéal du « city boy » et codifié l'American casual pour toute une génération.
- The Osaka FiveStudio D'Artisan, Evisu, Fullcount, Denime et Warehouse. Cinq marques d'Osaka qui ont redéfini les standards mondiaux du denim vintage.
Chronologie
- 1945-1950Le surplus militaire américain arrive sur les marchés japonais après la guerre. Ce sont les premiers vêtements américains accessibles.
- 1951Kensuke Ishizu fonde VAN Jacket. Il adapte le style Ivy League pour les consommateurs japonais.
- 1964La « Miyuki-zoku » apparaît dans le quartier de Ginza. Ces jeunes portent le style Ivy de façon si visible que la police intervient.
- 1965Publication de Take Ivy. Quatre photographes documentent les campus américains et produisent l'ouvrage de référence de la mode masculine.
- 1976Lancement de Popeye. Le magazine transforme l'American casual en un véritable mode de vie.
- Années 1970Apparition des premières marques de denim japonais. Elles rachètent les métiers à navette délaissés par les usines américaines.
- Années 1980-1990Fondation des Osaka Five. Leurs reproductions surpassent les originaux en texture et en caractère.
- Années 1990La fabrication patrimoniale décline aux États-Unis. Le Japon devient la source mondiale du workwear fidèle.
- Années 2000Le mouvement du denim brut se développe sur internet. Les Américains redécouvrent leur propre héritage via les marques japonaises.
- 2015David Marx publie Ametora. L'histoire de cette adoption culturelle devient accessible au grand public mondial.
- Années 2020L'Amekaji atteint une reconnaissance mondiale. Le Japon définit désormais le standard d'excellence pour le vêtement de travail de tradition américaine.
Marques
- Studio D'Artisan
- Evisu
- Fullcount
- Denime
- Warehouse
- The Real McCoy's
- Buzz Rickson's
- Sugar Cane
- The Flat Head
- Kapital
- Visvim
- Beams
- Hollywood Ranch Market
- Blue Blue
- 3sixteen
- Raleigh Denim
- Imogene + Willie
- Left Field NYC
Références
- Marx, W. David. Ametora: How Japan Saved American Style. Basic Books, 2015.
- Japan Today. « ’Ametora’: How American Style Changed Japanese Fashion Forever. »
- Heddels. « The History Of The Osaka 5 – Studio D’Artisan, Full Count, & More. » (2014).
- Heddels. « Shuttle vs. Projectile Looms – What’s the Difference? » (2014).
- Grailed. « What Is Japanese Americana? » (Dry Clean Only).
- Hayashida, Teruyoshi, et al. Take Ivy. PowerHouse Books, 2010 (original 1965).
