L'Ontologie
des esthétiques de la mode de Lekondo

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Le vêtement est une expression sans explication. Il influence la façon dont on vous voit et dont vous vous voyez. Des modèles de goût, d'humeur, de discipline, d'excès et de retenue se répètent à travers le temps et les cultures. Voici notre guide pour rendre ce langage visible.

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Amekaji

L'Amekaji est un régime vestimentaire. Il étudie et reproduit les vêtements décontractés américains du milieu du XXe siècle. Les fabricants japonais utilisent la rétro-ingénierie. Ils visent une fidélité absolue aux originaux. La qualité de construction dépasse souvent celle des modèles de référence. Le système ignore les tendances saisonnières. Il se concentre sur l'exactitude matérielle. Le type de métier à tisser compte. La méthode de teinture importe. L'Amekaji est un projet de conservation culturelle par le textile.

Aspects matériels

La cohérence de l'Amekaji dépend de la science textile. Il utilise des méthodes de production abandonnées par l'industrie américaine. Le denim selvedge tissé sur des métiers à navette étroits constitue la base du système. La teinture à la corde utilise l'indigo avec plusieurs cycles d'immersion. Cela permet d'obtenir différentes profondeurs de pénétration. Le chambray de coton lourd et l'oxford apportent la texture. Ces tissus sont choisis pour leur densité. Ils s'adoucissent avec le temps sans perdre leur structure. Le cuir à tannage végétal complète le vestiaire. Ce processus utilise des extraits de plantes pendant plusieurs mois. Le cuir développe une patine par oxydation et exposition aux ultraviolets. Sans ces matériaux spécifiques, le système s'effondre. Il devient un simple costume sans authenticité matérielle.

Classification

L'Amekaji occupe une position précise dans les esthétiques proches. Il est plus restreint que l'Ametora. L'Ametora englobe tout le style Ivy League et le vêtement de sport. L'Amekaji se distingue aussi du renouveau du workwear classique. Il ne cherche pas la performance au travail mais l'exactitude historique. Il recoupe la culture du denim brut sans s'y limiter. Il diffère de la simple collection de vêtements vintage. L'Amekaji produit des vêtements neufs conçus pour vieillir comme des originaux. C'est la différence entre la conservation et la reconstruction. Cette spécificité protège l'économie de l'expertise.

Méthodologie

Cette entrée traite l'Amekaji comme un système de fidélité à la reproduction. Les vêtements sont analysés selon leur capacité à répliquer la construction matérielle d'origine. L'analyse porte sur le comportement au vieillissement et les méthodes de production. Ce projet génère ses propres économies d'expertise et ses contradictions politiques.

Étymologie

Amekaji est une contraction d'American casual. Le terme entre dans le vocabulaire de la mode japonaise dans les années 1970. Les magazines de l'époque ont systématisé ce savoir. La contraction suit un modèle japonais classique. Les mots d'emprunt anglais sont réduits à quatre mores. Pasokon pour ordinateur personnel. Sumaho pour smartphone. Amekaji pour American casual. Le magazine Popeye a diffusé le terme dès 1976. Il documentait les marques et les coupes avec une précision encyclopédique. Aucun média américain n'offrait d'équivalent. Le magazine Men's Club avait déjà fait ce travail pour le style Ivy League. Popeye a étendu la méthode au registre décontracté.

La taxonomie est précise. L'Amekaji désigne le registre utilitaire et militaire. Le denim et le cuir dominent. Il s'oppose à l'Ametora qui désigne le style traditionnel américain. L'Ametora évoque Brooks Brothers et le costume sac. L'Amekaji évoque Levi's et le blouson MA-1. La distinction est sociologique. L'Ametora renvoie à la classe moyenne supérieure américaine. L'Amekaji renvoie à la classe ouvrière et à la culture matérielle militaire. L'autorité du vêtement vient du labeur et non du statut social.

Dans le discours contemporain, on parle parfois de Japanese Americana. Cette expression souligne l'inversion culturelle. Le vêtement américain devient un projet culturel japonais. Mais elle manque de la précision du terme original.

Sous-culture

L'Amekaji forme une sous-culture basée sur la littératie matérielle. L'identité sociale importe peu. La capacité à identifier des détails de construction invisibles est centrale. Cette expertise crée une économie de la connaissance. Elle possède ses propres niveaux et ses mécanismes de contrôle.

Les spécialistes de la reproduction occupent le sommet de la hiérarchie. Ils étudient les vêtements du milieu du siècle avec une rigueur de conservateur. Hitoshi Tsujimoto démonte des pièces vintage couture par couture. Il documente le type de fil et la géométrie des patrons. Il commande ensuite des matériaux équivalents pour produire une réplique parfaite. Le vêtement est un artefact à conserver par la reproduction. Les collectionneurs vintage fournissent les modèles de référence. Ils authentifient l'âge et l'origine par les preuves matérielles. Ils lisent les caractéristiques de la lisière ou la typographie des étiquettes.

Les boutiques japonaises servent de commissaires d'exposition. Beams et United Arrows sélectionnent les pièces et établissent les règles du style. Elles produisent un savoir esthétique par la mise en scène. L'infrastructure éditoriale est cruciale. Les magazines Lightning et Clutch maintiennent une couverture détaillée depuis des décennies. Ils photographient les délavages et analysent les méthodes de construction. Cet écosystème n'a aucun équivalent aux États-Unis.

Les communautés en ligne accélèrent la diffusion du savoir. Des forums comme Superfuture ou r/rawdenim ont transmis l'expertise japonaise au monde entier. Les journaux de délavage documentent l'évolution du denim sur plusieurs années. Cette pratique transforme l'usage du vêtement en projet empirique. La consommation devient une expérience longitudinale. L'appartenance à la communauté se mérite par la maîtrise technique. On évalue la capacité à distinguer une vraie lisière d'une imitation. Ce filtrage protège le cadre évaluatif de l'Amekaji. L'autorité repose sur la littératie de la construction.

Histoire

L'histoire de l'Amekaji est une suite de traductions culturelles. Le Japon a reçu les vêtements et les méthodes de production américains. Il les a étudiés avec plus de précision que leur pays d'origine. Les fabricants japonais ont atteint des niveaux de qualité abandonnés par les Américains.

L'occupation américaine de 1945 introduit ces vêtements comme des symboles. Les jeans et les blousons de vol représentaient la modernité et l'abondance. La jeunesse japonaise achetait des surplus militaires près des bases. Ces pièces offraient une libération face à l'austérité de l'après-guerre. Hollywood a amplifié cet attrait. James Dean et Marlon Brando incarnaient la rébellion américaine. Les films de Steve McQueen ont fourni un modèle plus sobre. Le style reposait sur une compétence matérielle tranquille.

Le boom de l'Ivy League commence en 1951 avec Kensuke Ishizu. Le livre Take Ivy publié en 1965 devient un texte sacré. Il documente le style des étudiants américains avec une intensité scientifique. Cette méthode d'observation directe définit l'approche japonaise future. Le magazine Men's Club a ensuite décortiqué chaque vêtement techniquement. En 1975, l'ouvrage Made in U.S.A. marque un tournant vers le vêtement de travail. Il catalogue les produits utilitaires avec exhaustivité. L'idée est que les objets fonctionnels possèdent une autorité esthétique propre. Le magazine Popeye devient le principal vecteur de cette sensibilité.

L'étape cruciale se déroule à Osaka entre 1979 et 1999. Les entrepreneurs japonais commencent à reproduire le denim américain. L'industrie américaine avait abandonné les métiers à navette pour gagner en efficacité. Les Japonais ont compris que les vieilles méthodes produisaient un textile unique. Studio D'Artisan utilise des métiers vintage pour retrouver la texture irrégulière et le délavage profond. Quatre autres marques rejoignent ce mouvement pour former les Osaka Five. Elles rachètent d'anciens métiers Toyoda. Elles étudient les modèles Levi's des années 1940 et 1950. Elles pratiquent la rétro-ingénierie sur chaque détail. La métallurgie des rivets et la tension du tissage sont scrupuleusement respectées.

D'autres fabricants étendent cette méthode aux vêtements militaires. The Real McCoy's et Buzz Rickson's reproduisent les blousons de vol avec une précision archéologique. Au début des années 2000, le paradoxe est total. Les vêtements américains les plus précis sont japonais. Les consommateurs américains redécouvrent leur propre patrimoine grâce au Japon. Le mouvement du denim brut se mondialise. Les nouvelles marques américaines utilisent désormais du denim japonais tissé à Okayama. En 2017, la fermeture de la dernière usine de denim selvedge aux États-Unis achève ce transfert symbolique. Aujourd'hui, les réseaux sociaux rendent ce savoir accessible à tous. Le marché se stratifie entre la reproduction de haute qualité et l'inspiration de masse.

Silhouette

La silhouette Amekaji obéit à la géométrie des patrons américains du milieu du siècle. Elle ignore les tendances contemporaines ou la mise en valeur du corps. Les formes découlent d'une époque où le vêtement servait le mouvement et la durabilité. Les coupes sont conçues pour la superposition.

Le jean de référence possède une taille haute et une jambe droite. Il s'inspire des modèles Levi's 501 des années 1940 à 1960. La fourche se situe à la taille naturelle. Cela permet de bouger sans que la ceinture ne glisse. La jambe garde une largeur constante jusqu'à l'ourlet. Cela laisse de la place pour les bottes de travail. Les plis horizontaux au-dessus de la botte sont un marqueur de vieillissement recherché. Les marques proposent souvent des tissus non sanforisés. Le vêtement rétrécit lors du premier lavage pour s'adapter au porteur. Cette silhouette est une récupération archéologique.

Les chemises et les vêtements d'extérieur suivent des patrons amples. Les coutures d'épaules tombent légèrement. Le buste n'est pas cintré. Les vestes en denim s'arrêtent à la taille naturelle. Les blousons militaires gardent leurs proportions fonctionnelles d'origine. Ils permettent la superposition de plusieurs couches. Une couche de base en coton. Une couche intermédiaire en chambray ou flanelle. Une couche extérieure en denim ou cuir. Cette structure produit un profil volumineux. Le corps paraît habillé pour l'action plutôt que pour l'élégance ajustée.

Matériaux

Le choix des matériaux est le principal mécanisme d'authentification. L'Amekaji repose sur des textiles produits selon des méthodes historiques précises. La qualité se mesure à la fidélité de ces procédés.

Le denim selvedge est tissé sur des métiers à navette. La navette passe un fil de trame continu d'un côté à l'autre. Elle crée une lisière finie qui ne s'effiloche pas. Cette bordure comporte souvent un fil de couleur. Les métiers à navette produisent un tissu étroit. Cette contrainte limite la vitesse de production mais introduit des irrégularités. On observe une texture granuleuse appelée slub. Ces imperfections créent une profondeur visuelle unique. Le denim industriel moderne ne peut pas répliquer ce caractère.

Le tissage suit des structures précises. Le sergé à droite produit une surface lisse et des délavages nets. Le sergé à gauche offre un toucher plus doux et un délavage diffus. Le sergé brisé réduit la torsion de la jambe. Les marques japonaises choisissent la structure selon le modèle historique référencé.

La teinture à la corde détermine le vieillissement. L'indigo ne pénètre pas le cœur de la fibre de coton. Il se fixe en anneaux concentriques. L'abrasion retire les couches extérieures et révèle le cœur blanc. Cela produit une topographie de délavage documentée. Les moustaches apparaissent aux plis de l'aine. Les nids d'abeilles se forment derrière le genou. Les traces de rails marquent la couture extérieure. La teinture industrielle en nappe produit un résultat plus plat et moins complexe.

Le denim non sanforisé est privilégié par les puristes. Le tissu rétrécit de 5 à 10 % lors du premier trempage. Il se moule ensuite à la géométrie spécifique du porteur. Cette interaction entre la chaleur, l'eau et l'usage est centrale. Le chambray et la flanelle sont évalués par leur poids. On préfère les cotons filés à l'anneau pour leur lustre et leur résistance.

Le cuir à tannage végétal est la norme. Il utilise des tanins de plantes pendant plusieurs semaines. Ce processus lent produit un cuir rigide qui développe une patine riche. Il fonce avec la lumière et absorbe les huiles de la peau. Le cuir Chromexcel de Horween est très prisé pour sa capacité à changer de couleur sous la pression. Le Shell Cordovan est le cuir le plus valorisé pour les bottes. Il provient d'un muscle spécifique du cheval. Il ne se fissure pas mais forme des ondulations douces aux points de flexion. C'est un matériau rare et coûteux.

L'analyse du vieillissement inclut les modes de défaillance. Un vêtement de qualité doit s'user avec grâce. Les réparations par reprisage ou patchs ajoutent de la valeur. Une rupture nette signale un raccourci de construction.

Palette de couleurs

La palette est dictée par l'histoire et non par la saison. L'indigo domine sous toutes ses formes. Il va du bleu presque noir du denim neuf au bleu ciel du vintage usé. Le marron apparaît dans les cuirs et les toiles de coton. On trouve les teintes militaires comme l'olive drab et le kaki. Le blanc naturel et l'écru servent pour les sous-vêtements et les accessoires. Le noir est rare et souvent limité aux bottes.

La complexité chromatique vient du vieillissement. Un jean porté pendant six mois contient des dizaines de nuances de bleu. Le cuir fonce par oxydation. Le coton militaire s'éclaircit sous le soleil. Cette couleur se mérite par l'usage. Elle n'est pas choisie lors de l'achat.

Détails

Les détails sont des marqueurs de construction historiques. Chaque élément code une information temporelle et géographique. L'initié décode le vêtement comme un document.

L'ourlet en point de chaînette est essentiel. Il nécessite des machines Union Special 43200G. Ce point produit un effet de cordage après lavage. L'ourlet se tord légèrement et crée un motif bleu et blanc caractéristique. Les ourlets modernes plats ne produisent pas cet effet. Les marques japonaises entretiennent des machines anciennes pour garantir cette authenticité.

La quincaillerie est évaluée par sa provenance. Les fermetures éclair Talon sont nécessaires pour les répliques d'avant 1970. Les modèles militaires utilisent des fermetures Crown ou Waldes. Les rivets en cuivre sont apparents ou cachés selon l'époque du modèle. Les boutons varient aussi selon le contexte historique. On trouve des boutons beignet ou des motifs de couronne de laurier.

Rouloter le jean pour exposer la lisière est un geste délibéré. C'est une preuve de provenance. Cela transforme un détail de construction en indicateur de qualité extérieur. On trouve aussi des pattes de serrage à l'arrière des modèles les plus anciens. Ce détail n'a plus d'utilité fonctionnelle. Il existe uniquement pour la fidélité archéologique.

Accessoires

Les accessoires prolongent la logique du vieillissement matériel. Ils forment un kit cohérent avec les vêtements.

Les bottes de travail constituent la base. Les modèles Red Wing Heritage sont incontournables. Ils utilisent un montage Goodyear qui permet de changer la semelle. Le cuir pleine fleur développe une patine prononcée. Les marques comme Wesco ou White's Boots proposent des constructions plus lourdes. Les bottiers japonais comme Clinch poussent la fidélité encore plus loin.

Les ceintures en cuir épais et les portefeuilles à tannage végétal complètent l'ensemble. Ils sont conçus pour durer des décennies. Les montres mécaniques militaires et les lunettes en acétate aux formes classiques ferment le système de référence temporelle. Les bandanas en coton avec lisière et les bonnets militaires apportent la touche utilitaire finale.

Rapport au corps

L'Amekaji conçoit le corps comme un support pour le vieillissement matériel. Le corps n'est pas une surface d'exposition. Sa fonction est de fournir la friction, la chaleur et le mouvement. Ces éléments transforment la matière brute en artefact. Le porteur est l'instrument du développement du vêtement.

Le codage de genre est fortement masculin. Il s'enracine dans le monde ouvrier et militaire américain. Les silhouettes et les catégories de vêtements sont historiquement masculines. Le projet de fidélité préserve ce genre plutôt que de le questionner. Les femmes participent à la culture Amekaji en portant souvent les mêmes modèles. L'esthétique devient une ressource pour un style non genré par défaut.

Le paradoxe central est géographique. L'identité ouvrière américaine est mieux interprétée par des Japonais qui n'ont jamais connu ce labeur. Le corps Amekaji au Japon signale une discipline matérielle. Aux États-Unis, il signale souvent une passion pour le vintage. La lisibilité sociale change selon le contexte. L'usage incarné reste le critère ultime. Un délavage obtenu par l'usage réel diffère d'un traitement industriel. La communauté détecte les motifs naturels liés à la mécanique du corps.

Logique du vêtement

La construction commence par la recherche archéologique. Le processus de conception est une rétro-ingénierie. On acquiert un spécimen vintage pour le démonter et l'analyser. C'est un travail de conservateur.

Les usines de denim japonaises comme Kuroki ou Kaihara utilisent des métiers reconditionnés. Elles produisent des tissus sur mesure pour les marques. On spécifie le type de coton, la méthode de filage et la densité de la trame. Le textile final est conçu pour une performance de vieillissement précise. La séquence de construction respecte les méthodes de l'époque. Une réplique de 1947 utilisera des rivets cachés et un patch en cuir qui rétrécit au lavage. La fidélité à l'original est le principe directeur.

L'entretien suit des protocoles stricts. On recommande souvent de porter un jean brut six mois avant le premier lavage. Cela fixe les plis de manière permanente. Le premier trempage retire l'apprêt et stabilise le rétrécissement. Les lavages suivants doivent être rares et à froid. Le séchage à l'air libre préserve la stabilité dimensionnelle. Les bottes nécessitent un entretien régulier avec des crèmes nourrissantes pour garder la souplesse du cuir. Les embauchoirs en cèdre absorbent l'humidité.

Le cycle de vie du denim est prévisible. Les moustaches apparaissent après trois mois. Le tissu s'assouplit après six mois. Les premières déchirures à l'entrejambe surviennent après un an ou deux. Chaque étape est une opportunité de réparation. Le reprisage et le sashiko prolongent la vie du vêtement. Ils ajoutent une histoire visible appréciée par la communauté. Des bottes bien entretenues peuvent durer vingt ans.

Motifs et thèmes

L'Amekaji n'utilise pas de motifs décoratifs. Sa structure thématique repose sur la préservation et la fidélité matérielle. L'ornement de surface est absent.

La préservation est un acte de révérence. Les Japonais sauvegardent une culture matérielle que l'Amérique a délaissée. Ils maintiennent des métiers à tisser et des méthodes de teinture obsolètes. Ce n'est pas de la nostalgie mais une pratique active. Elle demande un investissement lourd dans des savoir-faire jugés irrationnels par l'industrie moderne.

Le vieillissement sert d'authentification. La valeur d'un vêtement augmente avec l'usage. C'est l'inverse de la logique de dépréciation de la mode classique. Un jean usé avec soin a plus de valeur culturelle qu'un jean neuf. Le délavage prouve l'engagement du porteur.

Le concept de kodawari est le fondement philosophique du mouvement. Il désigne une dévotion sans compromis pour un artisanat. Ce n'est pas un perfectionnisme névrotique. C'est l'attention disciplinée portée à la qualité. Le kodawari justifie l'excès du projet. On recrée une fermeture éclair ou un fil spécifique car chaque détail soutient l'ensemble. Aucun compromis n'est acceptable.

Références culturelles

Fondations éditoriales. Popeye a établi la méthode documentaire dès 1976. Il utilise des fiches techniques et des généalogies de marques. Lightning se concentre sur la culture vintage américaine. Clutch propose un cadre de vie autour de l'héritage Americana. Take Ivy et Made in U.S.A. restent des textes de référence fondamentaux.

Cinéma et médias. James Dean et Marlon Brando incarnent la masculinité Amekaji. Steve McQueen apporte la nonchalance compétente. Leurs vêtements sont devenus des documents sources étudiés avec précision au Japon.

Recherche. L'ouvrage Ametora de W. David Marx est l'analyse définitive du phénomène. Il explique comment le Japon a sauvé le style américain. De nombreux auteurs japonais ont contribué à cette étude de la culture matérielle.

Communauté numérique. Heddels est la plateforme anglophone principale pour l'analyse du denim et de l'héritage. Elle transmet l'expertise japonaise à un public mondial. Le subreddit r/rawdenim anime la documentation quotidienne des délavages.

Marques et créateurs

Les spécialistes de la reproduction :

  • The Real McCoy's (1988, Kobe) : Hitoshi Tsujimoto reproduit des vêtements militaires et de travail. La fidélité est muséale. Les cuirs et les pièces métalliques respectent les méthodes de fabrication d'époque.
  • Buzz Rickson's (1993, Tokyo) : Toyo Enterprise se concentre sur les blousons d'aviateur. La précision est archéologique. Les matériaux et les séquences de production sont historiques.
  • Warehouse & Co. (1995, Osaka) : Shigeru Uchida reproduit des Levi's vintage. Le denim selvedge respecte des périodes spécifiques. La quincaillerie est conforme aux modèles d'origine.
  • Sugar Cane (Toyo Enterprise) : La marque utilise des fibres de canne à sucre. Les tissus sont d'époque. Les détails de fabrication suivent des spécifications anciennes.
  • Mister Freedom (2003, Los Angeles) : Christophe Loiron propose des créations originales. Son style s'appuie sur l'Americana. Les méthodes de fabrication sont vintage.

Les maisons de denim :

  • Studio D'Artisan (1979, Osaka) : C'est l'un des premiers producteurs de selvedge japonais. La marque a relancé le tissage sur métiers à navette dans la région d'Okayama.
  • Evisu (1991, Osaka) : Hidehiko Yamane a créé le logo mouette peint à la main. La marque fait partie des Osaka Five. Elle a imposé le selvedge japonais sur la scène mondiale.
  • Fullcount (1992, Osaka) : Mikiharu Tsujita utilise du coton du Zimbabwe. Le denim est brut et non sanforisé. La philosophie repose sur une patine lente.
  • Denime (1988, Osaka) : Ce membre des Osaka Five se concentre sur la reproduction de Levi's vintage. Il a posé les bases de l'esthétique denim moderne au Japon.
  • The Flat Head (1996, Nagoya) : Takeshi Ooe propose un denim selvedge lourd. Certains modèles atteignent 20 oz. Le tissage favorise des contrastes de délavage marqués.
  • Samurai Jeans (1997, Osaka) : La maison se spécialise dans les poids extrêmes. Le denim peut atteindre 25 oz. La robustesse est la priorité absolue.
  • Iron Heart (2003, Haraki Mihara) : La marque conçoit des vêtements pour les motards. Le modèle phare pèse 21 oz. La durabilité guide l'ingénierie des produits.
  • Pure Blue Japan (2001, Okayama) : Le denim est irrégulier et texturé. On appelle cet aspect le slubby. Le caractère visuel est prononcé.
  • Kapital (1984, Okayama) : Toshikiyo Hirata mélange le workwear et l'avant-garde. La marque s'inspire de la technique de réparation boro. Le patchwork indigo est sa signature.
  • OrSlow (2005, Tokyo) : Ichiro Nakatsu propose des coupes décontractées. Il s'inspire du vestiaire civil et militaire américain. La production est lente et soignée.

Les curateurs et boutiques multi-marques :

  • Beams (1976, Shinjuku) : Yo Shitara a popularisé le style décontracté américain au Japon. La division Beams Plus se dédie à l'héritage Americana. C'est une institution du style select shop.
  • United Arrows (1989, Tokyo) : Osamu Shigematsu a fondé ce magasin multi-marques. La sélection mêle pièces classiques et lignes contemporaines.
  • Journal Standard (1997, Tokyo) : Ce détaillant propose un univers complet. La sélection Americana est rigoureuse. La marque possède ses propres lignes héritage.
  • Ships (1977, Tokyo) : La boutique s'appuie sur le style Ivy League. Elle propose une vision classique du vestiaire américain.

L'Americana contemporaine (marques américaines influencées par le Japon) :

  • 3sixteen (2008, New York) : Andrew Chen et Johan Lam utilisent des tissus japonais. Leurs basiques sont souvent teints sur pièce. Le denim selvedge est leur spécialité.
  • Raleigh Denim (2007, Caroline du Nord) : Victor et Sarah Lytvinenko produisent en petites séries. Le denim est fabriqué aux États-Unis. La fabrication est artisanale.
  • Left Field NYC (2003, New York) : Christian McCann s'inspire du sportswear vintage. Il utilise des tissus japonais et américains. Le style est ancré dans l'histoire ouvrière.
  • Imogene + Willie (2009, Nashville) : Matt et Carrie Eddmenson explorent l'Americana du Sud. Ils produisent du denim et du workwear de qualité.
  • RRL (1993, Ralph Lauren) : Ralph Lauren propose des reproductions de luxe. Les designs proviennent d'archives vintage. La marque occupe un segment haut de gamme.

Les bottiers :

  • Red Wing Heritage (1905, Minnesota) : Les bottes de travail utilisent le montage Goodyear. Les modèles Iron Ranger et Moc Toe sont emblématiques. Le cuir est pleine fleur.
  • Wesco (1918, Oregon) : La marque produit des bottes pour les ingénieurs et les bûcherons. Le cuir est très épais. La construction utilise le montage stitchdown.
  • White's Boots (1853, Washington) : Les bottes sont destinées aux pompiers forestiers et aux randonneurs. La construction américaine est traditionnelle.
  • Alden (1884, Massachusetts) : La maison est célèbre pour son cuir cordovan. Elle utilise le montage Goodyear. Les formes sont typiques de la Nouvelle-Angleterre.
  • Viberg (1931, Colombie-Britannique) : Les service boots utilisent des cuirs de la tannerie Horween. La fabrication alterne entre montage stitchdown et Goodyear.

Références

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