L'Ontologie
des esthétiques de la mode de Lekondo

34 esthétiques

Le vêtement est une expression sans explication. Il influence la façon dont on vous voit et dont vous vous voyez. Des modèles de goût, d'humeur, de discipline, d'excès et de retenue se répètent à travers le temps et les cultures. Voici notre guide pour rendre ce langage visible.

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Rasa

Définition

Le Rasa est l'ancienne théorie indienne de l'essence émotionnelle. Elle figure dans le Natyashastra de Bharata Muni. Le vêtement est un système pour produire des états affectifs chez celui qui le porte et celui qui l'observe. Le mot sanskrit signifie jus, sève ou saveur. La théorie identifie neuf rasas. Le shringara incarne l'amour. Le hasya célèbre la joie. Le karuna exprime la compassion. Le raudra manifeste la fureur. Le veera représente l'héroïsme. Le bhayanaka évoque la terreur. Le bibhatsa montre le dégoût. L'adbhuta saisit l'émerveillement. Le shanta apporte la paix. La mode devient un canal de communication émotionnelle. La couleur et le drapé priment sur la tendance ou la marque. Un brocart de soie cramoisi produit le shringara par son éclat. Une tunique en khadi brut produit le shanta par sa texture. Le vêtement porte une saveur émotionnelle liée à un artisanat millénaire. Il inclut le tissage de Varanasi et les broderies zardozi ou chikankari.

Grammaire visuelle

Silhouette

  • constructions drapées où le tissu non coupé forme le vêtement par enroulement et plissage
  • drapé du sari selon les styles régionaux comme le Nivi ou le Maharashtrian nauvari
  • ensemble lehenga-choli-dupatta composé d'une jupe froncée, d'un corsage ajusté et d'une écharpe drapée
  • salwar kameez comprenant une tunique, un pantalon bouffant et une écharpe drapée
  • anarkali ou tunique longue et évasée du buste jusqu'au sol
  • sherwani ou manteau long structuré à col officier issu de la cour moghole
  • drapés asymétriques créant des formes à une épaule ou croisées

Matières

  • brocarts de soie tissés avec des fils d'or et d'argent nommés zari
  • soie sauvage comme le tussar ou le muga présentant des variations naturelles de couleur
  • coton tissé main tel que le khadi ou le jamdani
  • mousseline et georgette pour la légèreté du drapé
  • velours servant de base aux broderies zardozi lourdes
  • textiles brodés au fil métallique ou au point de chaînette
  • tissus imprimés au tampon de bois sculpté à la main
  • textiles teints à la main selon la technique du bandhani

Construction

  • le drapé comme structure où le sari reste une pièce de tissu non coupée
  • broderie main selon les traditions régionales zardozi ou chikankari
  • tissage artisanal sur métiers à bras ou métiers jacquard
  • fil métallique zari tissé en trame supplémentaire dans les brocarts
  • impression au bloc de bois avec des teintures naturelles ou synthétiques
  • travail de miroirs shisha originaire du Gujarat et du Rajasthan
  • applications de rubans dorés gota patti

Couleurs

  • rouge pour l'amour, l'auspice et le mariage
  • or pour la prospérité et la célébration via le fil zari
  • vert pour la fertilité et la nature
  • safran pour le courage et la spiritualité hindoue
  • blanc pour la paix, le deuil ou la pureté du khadi
  • bleu profond pour la divinité et l'indigo
  • tons joyaux comme le magenta ou l'émeraude pour les cérémonies
  • tons pastels pour les réinterprétations contemporaines

Chaussures

  • kolhapuri chappals ou sandales en cuir travaillé à la main
  • mojari ou chaussures brodées à bout recourbé
  • paduka ou sandales traditionnelles en bois
  • sandales à talons en cuir métallisé pour les grandes occasions

Logique du corps

Le corps est un réceptacle pour la communication émotionnelle. Il n'est pas un simple objet visuel. Cette logique descend du Natyashastra. Le corps de l'interprète transmet le rasa par le geste et le costume. Le vêtement quotidien suit la même règle. On ne juge pas le corps sur sa minceur ou sa taille. On évalue sa capacité à porter le contenu émotionnel de l'habit. Un sari Banarasi lourd demande une posture droite. Une dupatta fluide exige le mouvement pour exister. Le corps n'affiche pas sa propre forme. Il active les propriétés matérielles du vêtement.

Exemples

  • Collections mariage de Sabyasachi Mukherjee1999-présentL'expression contemporaine la plus forte de la théorie du rasa. Sabyasachi utilise la couleur et le poids pour produire des états émotionnels. Ses créations synthétisent les traditions mogholes et bengali.
  • Le mouvement Khadi1920-1940Gandhi a transformé le coton tissé main en symbole politique. Le choix textile porte un poids moral et émotionnel. Le rouet est devenu le centre de l'identité indienne.
  • Rahul Mishra à la Haute Couture parisienne2020Premier designer indien à défiler lors de la semaine de la haute couture à Paris. Ses pièces brodées à la main exigent des milliers d'heures de travail. Il prouve que l'artisanat indien appartient au sommet de la mode mondiale.
  • Le Mariage des moussons (2001, Mira Nair)2001Le film présente le mariage indien comme le lieu d'intensité maximale du rasa. Les choix de couleurs et d'ornements servent l'émotion sur plusieurs jours de cérémonie.
  • Raw Mango par Sanjay Garg2008-présentMarque contemporaine construite sur les textiles tissés main. संजय Garg utilise des soies traditionnelles avec des palettes modernes. Il prouve la viabilité commerciale du tissage artisanal.
  • Peintures miniatures mogholesXVIe-XVIIIe sièclesArchives visuelles de l'usage du textile à la cour. Elles documentent les vêtements et les couleurs de l'époque moghole avant l'invention de la photographie.

Chronologie

  • 200 av. J.-C. - 200 apr. J.-C.Bharata Muni compose le Natyashastra. Il codifie huit rasas. Abhinavagupta en ajoute un neuvième vers l'an 1000. Le texte lie le costume de théâtre à la communication des émotions.
  • 1526-1857L'Empire moghol transforme la production textile. Des ateliers impériaux emploient des milliers d'artisans. La broderie zardozi et le brocart Banarasi atteignent leur sommet technique.
  • 1757-1947Les politiques coloniales britanniques démantèlent l'économie textile indienne. Des taxes massives frappent les exportations. Le coton industriel du Lancashire inonde le marché local. La part de l'Inde dans la production mondiale s'effondre.
  • 1905-1947Le mouvement Swadeshi et la campagne de Gandhi pour le khadi font du textile un outil de résistance. Le filage à la main devient obligatoire pour les militants. La texture brute rejette la production industrielle.
  • 1947-1990L'Inde indépendante soutient la production artisanale. Ritu Kumar relance les techniques traditionnelles dès 1969. Elle établit un modèle basé sur les coopératives d'artisans pour la mode moderne.
  • 1990-présentCréation du Fashion Design Council of India en 1998. L'industrie se structure autour du cadre du rasa et du système mondial. Des créateurs comme Sabyasachi et Raw Mango connaissent un succès massif. Rahul Mishra défile à Paris en 2020.

Marques

  • Sabyasachi Mukherjee
  • Tarun Tahiliani
  • Ritu Kumar
  • Manish Malhotra
  • Anita Dongre
  • Raw Mango
  • Abu Jani Sandeep Khosla
  • Rahul Mishra
  • Anamika Khanna
  • Gaurang Shah
  • Good Earth
  • Fabindia

Références

  • Bharata Muni. Natyashastra. Traduit par Manomohan Ghosh, Asiatic Society, 1951 et 1961.
  • Gillow, John, et Nicholas Barnard. Indian Textiles. Thames & Hudson, 2008.
  • Crill, Rosemary. The Fabric of India. V&A Publishing, 2015.
  • Tarlo, Emma. Clothing Matters, Dress and Identity in India. University of Chicago Press, 1996.
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